Concert fils d’odin

Report réalisé par Bernard-Henri Leviathan
Millam. Petit village perdu au beau milieu des vastes étendues planes du Nord de la France et n’abritant pas plus de mille âmes (vous remarquerez le jeu de mots !), est en réalité un bastion bien connu des metalleux locaux. Nécessitant le port du GPS à la ceinture sous peine de jouer au petit poucet sans les miettes de pain, le poumon de ces lieux se dresse telle une taverne d’Ali Baba : Les Fils d’Odin.

Pour vous situer la chose, on aperçoit parfois ses lueurs, par temps clair, à la sortie du village. Une fois bravés les brumes épaisses et les arbres chuchotant, vous passez la porte d’une maisonnée et c’est à ce moment que vous vous retrouvez projetés plusieurs siècles en arrière. Ici, on se pose sur des bancs de bois, des tonneaux, on commande de la cervoise au tenancier dans ses atours d’époque et on le paie à l’écu. Il n’est pas rare de voir l’un de ces farfadets passer la porte et s’installer au comptoir ou à la table de « bras de fer » pour repartir avec un peu de compote dans les membres antérieurs. Des soirées mémorables ici, j’en ai passé de grosses poignées. Quant à l’accueil de Messire Eric, ce fameux tenancier, il est de notoriété publique de n’en entendre inlassablement que le plus grand bien. 

Plongés dans une épaisse fumée, les musiciens de FOOL’S PARADISE investissent la scène accompagnant le rythme d’une sombre introduction en frappant sur des bacs en plastique qu’ils ont en main. La sonorité tribale est du plus bel effet même s’il serait judicieux de pousser l’idée avec de véritables percussions pour toucher le public de manière plus impressionnante en se rapprochant de l’héritage sud-américain d’ANGRA, dont je sais la passion de certains des membres. On monte encore d’un cran, FOOL’S PARADISE s’apprête à nous offrir le clou du spectacle de ce soir. J’avais manqué avec regrets la prestation de ces Dunkerquois lors de la dernière édition du « Metal A La Campagne », n’ayant été présent que la première soirée. Au cours de ma chronique toute récente de « Forest Of Lies », premier EP du groupe, j’émettais quelques réserves et la principale surprise de ce concert sera le fait que j’avais vu juste ! Au cours du set, Anthony ne cessera de nous prouver qu’il a passé du temps à travailler sa voix et étendre son répertoire. Ainsi, sur « Overloaded Screens », il prend le parti de l’aborder de manière plus sombre, agressive, ou encore plus lyrique dans une tessiture baryton un peu plus tard. Il semblait se contenir sur l’EP, il prend son envol en live. Derrière, il y a les guitares omniprésentes d’Oliver et Stéphane, entre harmonisations traditionnalistes, picking en son clair et soli au doigté fluide. La technique de ces musiciens est perceptible à chaque détour de riff et dans la tenue rythmique. Les structures des morceaux plus récents chatouillent le progressif (l’orientalisant « Monopoly Society » rappelant MYRATH) et je découvre une nouvelle version de « Wasting My Soul » avec accalmie sur les couplets. Pas le temps de souffler, FOOL’S PARADISE a toujours quelque chose pour raccrocher l’auditeur : un frontman qui bouge et maintient le public qu’il fait chanter (même si les interventions entre les morceaux sont encore un peu timides), des subtilités harmoniques ou techniques et une belle énergie. A les voir sur scène, la progression est telle qu’elle permettra sans doute au groupe d’envisager sereinement l’étape suivante. Vivement l’album !
A peine le matériel remballé, Eric envoie, comme à son habitude, la suite du programme. C’est que, une fois les concerts finis, la taverne se transforme en véritable boîte de nuit pour les amateurs de Metal. L’intensité s’est installée progressivement mais durablement au cours des trois sets, il est donc difficile de quitter le lieu. C‘est pourtant bien regonflé que je prends la route en faisant le bilan prometteur de la soirée. « Et on lui pèlera le jonc… ».
Set-lists 

FOOL’S PARADISE
Intro
Overloaded Screens
Wasting My Soul
Heaven’s Image
Locked Mind
Memories Of The Night
The Sole Survivor
Partners In Crime
Misunderstood
Monopoly Society
Outro